Martha Hall Findlay avec la collaboration d’Eric Dalke


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Pendant trop longtemps, la gestion de l’offre dans nos secteurs du lait, de la volaille et des œufs a été considérée comme un enjeu trop controversé en politique canadienne, une vache sacrée à laquelle on ne touche pas.

Ce temps est révolu.

Les preuves justifiant une réforme sont accablantes. Les recherches et analyses effectuées par une variété d’experts de partout au Canada démontrent très majoritairement le manque d’équité et l’inefficience du système actuel. Des arguments de plus en plus convaincants sont avancés par des gens de toutes appartenances. Et, malgré la propagande que permettent la richesse et l’influence du lobby laitier, des politiciens de plus en plus nombreux constatent que le courant de l’opinion publique est en train de tourner.

L’enjeu, après tout, n’a rien d’un enjeu partisan. Les progressistes épris de justice sociale ne peuvent tout simplement pas justifier les coûts inutiles imposés aux consommateurs – surtout aux familles à faible revenu avec des enfants ayant besoin d’aliments nutritifs essentiels à prix abordable – pour avantager ce qui est aujourd’hui un petit groupe de producteurs millionnaires. Les conservateurs ne peuvent pas plus défendre un cartel réglementé qui fait fi de l’économie de marché. Et, au pays, tous les politiciens de toutes allégeances savent que l’économie canadienne dépend du commerce. Nous ne pouvons plus laisser la gestion de l’offre miner notre pouvoir de négociation en matière de commerce – surtout quand nous voyons ce qui se passe aujourd’hui chez notre premier partenaire commercial de l’autre côté de la frontière.

Le temps est venu pour nos politiciens de faire ce qui est bien. Nous savons déjà « pourquoi » et nous en sommes maintenant à l’heure du « comment ».

Comment opérerons-nous la transition visant à supprimer la gestion de l’offre de manière à traiter équitablement nos producteurs de lait, de volaille et d’œufs et aussi nos consommateurs et contribuables? Nous savons que la chose est possible. Nous l’avons même déjà fait – notamment pour l’industrie vinicole canadienne – avec beaucoup de succès. Il y a aussi d’autres exemples internationaux dont nous pouvons nous inspirer – autant pour faire ce qu’il faut que pour éviter les faux pas.

C’EST UN PLAN EN CE SENS QUE NOUS PROPOSONS DANS CES PAGES.

Il reste encore des détails à régler et les travaux requis nécessiteront l’engagement de toutes les parties concernées. Après presque 50 ans, le système est devenu complexe. On ne pourra appliquer les mêmes calculs aux producteurs de longue date et aux nouveaux participants ou encore à des producteurs de différentes régions du pays. Certains producteurs sont prêts à prendre leur retraite ou leurs fermes sont trop petites pour être concurrentielles – et un rachat adéquat leur serait avantageux. Pour ceux qui voudront jouer la carte de la concurrence, étendre leurs activités et tirer profit des possibilités exceptionnelles du marché international, une aide additionnelle à la transition sera requise. Le plan de transition devra tenir compte des deux situations à la fois.

Aujourd’hui, il ne nous manque plus que des politiciens canadiens prêts à agir, à résister au pouvoir d’un riche lobby et à faire preuve du leadership auquel s’attendent nos concitoyennes et concitoyens. Une formidable occasion se présente à nous, l’occasion de poser un geste qui non seulement nous aidera dans nos prochaines négociations commerciales, mais servira véritablement les intérêts supérieurs du Canada.

L’avenir de l’industrie laitière canadienne est prometteur. Il ne faut pas voir la réforme de la gestion de l’offre comme un obstacle, mais plutôt comme une possibilité de redresser des injustices nationales d’une manière équitable pour les producteurs, de faire croître notre industrie, d’ouvrir de nouveaux marchés et, ce qui compte le plus, d’affronter la concurrence et de réussir. Parce que nous le pouvons.


La présidente et PDG,
Martha Hall Findlay