Janet Lane, directrice, Human Capital Centre

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Monsieur le président, membres du Comité, collègues participants, je vous dis bonsoir et vous remercie de l’opportunité qui m’est offerte d’exprimer mes vues relativement au crédit canadien pour la formation. Pour ceux et celles parmi vous qui ne nous connaissent pas, la Canada West Foundation est un centre d’études et de recherches non partisan et indépendant dont le siège est à Calgary. Nous examinons des enjeux qui intéressent l’Ouest et, par extension, l’ensemble du Canada. Dernièrement, au Human Capital Centre, j’ai consacré mon temps à la question des compétences et à l’approche axée sur les compétences en matière de perfectionnement et de déploiement de la main-d’œuvre. 

À mon avis, le crédit canadien pour la formation est une bonne idée, en principe : alors que la technologie, les méthodes de travail et des influences mondiales opèrent une transformation des emplois, les gens faisant déjà partie de la population active subiront des pressions croissantes en vue daméliorer leurs compétences ou de se recycler entièrement s’ils souhaitent demeurer au travail. Pour nos gens, le crédit constitue une formidable incitation à le faire.    

Par contre, je ne suis pas convaincue que le crédit, tel qu’il est décrit dans le budget de 2019, atteindra l’objectif d’aider travailleurs et travailleuses du Canada à mieux se préparer au marché du travail en évolution. Mon point de vue s’appuie sur quatre raisons.   

Premièrement, le montant est trop modeste.  

Le crédit, établi à 250 $ par année, vise à compenser jusqu’à la moitié des frais de scolarité admissibles. Or, les droits réclamés pour des cours à unité et des cours hors compte dans les établissements postsecondaires admissibles vont de 400 à 800 $ par cours. Au rythme de 250 $ par année, on pourrait passer 20 ans sur le marché du travail pour avoir droit au financement de la moitié du coût de certains diplômes. Un travailleur aura probablement besoin de se recycler et d’acquérir de nouvelles compétences à plus brève échéance.   

Les gens qui auront justement le plus besoin de recyclage ceux occupant les emplois moins qualifiés, moins rémunérés qui risquent le plus de disparaître ou d’être perturbés par les changements technologiques seront les moins capables de financer leur recyclage à l’aide de ce crédit  

D’après les documents du budget, le gouvernement s’attend à ce que ce programme ne soit utilisé que par une faible proportion de la population. En vérité, pourtant, les changements technologiques sont en train de chambarder les méthodes de travail et jusqu’à 50 pour cent des travailleurs devront peut-être améliorer leurs compétences ou se recycler entièrement au cours des prochaines années.   

Deuxièmement, le crédit s’applique aux frais de scolarité payés à des établissements admissibles mais ces fournisseurs ne sont pas en mesure d’offrir une bonne part de la formation requise.  

Les programmes complets dans les établissements admissibles sont dispendieux. Fait plus important, ils ne répondent peut-être pas aux besoins des gens. Autant la chaîne d’approvisionnement a évolué vers la livraison juste-à-temps des marchandises, autant les travailleurs doivent tendre vers une livraison juste-à-temps des aptitudes, connaissances et attributs ce qu’on appelle les compétences quil faut avoir pour compléter les diverses tâches d’un emploi en constante évolution.   

La grande majorité des établissements admissibles offrent, en gros, des cours et programmes livrés sur une base semestrielle ou une fois par semaine pendant un certain nombre de semaines. Et ceux-ci ne sont peut-être pas livrés au moment où des travailleurs à temps plein seront disponibles pour assister aux cours.   

Dans nombre de cas, les solutions répondant le mieux aux besoins des milieux de travail sont des cybercours de courte durée, accessibles tous les jours, 24 heures sur 24, et ciblés de manière à combler des lacunes liées à des compétences précises. Ces cours sont offerts par des fournisseurs de cyberformation privés. Il faudrait que les établissements et fournisseurs de formation reconnus de niveau postsecondaire trouvent rapidement moyen de mieux reproduire ce type de formation ou qu’on évalue ces formateurs privés pour déterminer s’ils sont admissibles comme fournisseurs aux fins du crédit.    

Pour de nombreux fournisseurs de formation et de services d’éducation, le défi consiste à définir exactement ce que sont les compétences requises. Et ceci m’amène à ma troisième raison.  

Troisièmement, le Canada a besoin dêtre mieux informé sur le marché du travail. Pour qu’on obtienne cette information, il faudrait :  

a. que les employeurs disposent d’outils qui les aideront à préciser les compétences dont ils ont besoin actuellement et auront besoin dans l’avenir;   

b. que les particuliers profitent d’un meilleur accès à l’information sur les compétences qu’ils devront détenir, celles qu’ils possèdent déjà, les lacunes qu’ils devront combler en matière de compétences ainsi que les moyens les plus rapides, les plus efficaces de les combler 

c. que les fournisseurs de formation et de services d’éducation disposent de cette information tout de suite. 

Le Canada ne s’est pas encore doté de ces types d’outils qu’on connaît sous le nom de « cadres de compétences ». Il nous faut les fabriquer rapidement. Nous devons prendre le temps de travailler avec les employeurs de partout au pays pour les aider à définir les tâches de leurs emplois – tout spécialement les nouveaux ainsi que les compétences requises pour bien remplir ces tâches.  

Entre-temps, il faudrait encourager les associations industrielles, les professionnels des ressources humaines et les prospecteurs de carrières à améliorer leurs propres connaissances en matière de compétences et à aider les gens qu’ils servent à chercher de manière plus approfondie ce qu’ils ont précisément besoin d’apprendre.  

La dernière raison qui me donne à penser que le crédit canadien pour la formation n’atteindra peut-être pas son but tient au fait que trop de gens n’ont pas les aptitudes voulues pour apprendre.  

Plus de 40 pour cent de la population active présente de faibles aptitudes en littératie et en numératie. Celles-ci sont au cœur de tout apprentissage et une bonne maîtrise de ces aptitudes est nécessaire au développement efficace de compétences cognitives et techniques avancées. Les gens ayant longtemps occupé des emplois peu qualifiés, peu rémunérés ont le plus de chances d’avoir perdu une partie de leurs aptitudes cognitives de base depuis qu’ils ont quitté l’école et ce sont eux qui ont le plus besoin d’acquérir de nouvelles compétences techniques. Il faudrait les encourager à améliorer leurs connaissances permettant l’acquisition de compétences avant d’investir dans une nouvelle formation technique et leur crédit canadien pour la formation devrait aussi servir à cette mise à niveau.  

C’est ainsi que prend fin ma présentation, Monsieur le président. Néanmoins, il me fera grand plaisir de répondre à toutes questions que vous-même ou le Comité souhaiteriez poser. Je vous remercie.